Publié le 30 mars 2021

La conteuse SwaN Blachère sera bientôt dans les murs de votre maison Folie Moulins pour une résidence visant à préparer un nouveau spectacle conté qui, nous l’espérons, résonnera dans vos oreilles.

En attendant de pouvoir vous faire découvrir le fruit de cette résidence, nous vous proposons le portrait de cette artiste dont l'énergie est contagieuse.

Si tu devais nous décrire ton art en quelques mots ? 

Le conte, c'est l'art de raconter les histoires ! Les rendre vivantes, vibrantes, dans un dispositif sans artifices. C'est un art de la parole et de la rencontre, qui prend racine dans une tradition orale qui s'adressait à tous les membres de la communauté (et pas qu’au jeune public !).

Souvent, les gens pensent que mon métier consiste à lire des histoires aux enfants dans les bibliothèques ! En réalité je raconte partout et pour toutes les tranches d’âge... Dans les salles de spectacles, les prisons, les hôpitaux, sous un arbre, dans une caravane, avec les contes on se sent rapidement chez soi.

Quand on écoute une histoire, on sait qu'elle est portée par une parole singulière, mais aussi qu'on participe à une forme de rassemblement et de transmission qui existe depuis l'aube des temps et dans toutes les cultures.

 

Qu’est-ce qui t’a amené à devenir conteuse ?

Gamine, je dévorais les contes de fées. Plus tard, passionnée de voyages, je m'intéressais aux langues, aux mythes et traditions des autres cultures… qui étaient la plupart du temps amenés par des contes ! Pourtant jamais je n’aurais cru en faire mon métier : je pensais que c'était un truc de folkloriste !

Après quelques années à la Cie du Tire-laine, où je dirigeais les ateliers théâtre, Nono m'a un jour proposé de relever le défi : un spectacle conté en 10 épisodes sur les traces de Marco Polo et la route de la soie.

Ça a été une révélation ! Sentiment de liberté totale. Le public, une histoire, une voix, de la musique… Même sans technique, je voyais qu’on partait loin, comme si je faisais du cinéma juste avec le corps et les mots !

Alors je suis allée me former, j'ai roulé ma bosse, et puis j'ai monté ma compagnie,  La Voyageuse Immobile, il y a 8 ans.

SwaN Blachère © Kévin Brignolas

Qu’est-ce qui t’anime dans ce métier ? 

L'ancrage avec une pratique ancienne, la transmission, la liberté totale dans l'instant, et la conscience de la puissance de la parole.

On croit souvent que nos choix et nos imaginaires nous appartiennent vraiment... Mais ce sont les récits qui fabriquent les imaginaires, et les imaginaires dialoguent et s'entremêlent sans cesse avec le monde réel.

Les contes nous offrent des champs de représentations illimités. La plupart du temps ils ouvrent les portes d'univers où la magie (l'âme-agit) et les ressorts parfois mystérieux sont porteurs d'enseignements fondamentaux.

Un univers dont tout le monde sait intuitivement qu'il parle directement de nous. Comme un miroir inversé.

Où en sont donc nos imaginaires quand les récits les plus répandus parlent de princesses, jolies et passives qui seront la récompense d'un héros hyperactif qui a vaincu mille péripéties ? N'y aurait-il pas d'autres choses à raconter, qui ouvriraient vers de nouveaux possibles ? C'est une responsabilité que de choisir son répertoire.

C'est ça qui m'anime : être une passeuse, une passerelle entre l'archaïque et le contemporain, dans cette évidente simplicité du rassemblement.

Par les histoires anciennes, ouvrir de nouveaux paysages de représentation et de pensée !

 

Y a-t-il un style de conte que tu aimes particulièrement conter ?

Je raconte des histoires puisées dans les répertoires traditionnels, des récits de vie créés à partir de collectages ou de faits plus ou moins réels.

J'aime les mythes, les épopées mais aussi les malices et toutes les histoires d'émancipation où les petits prennent leur revanche sur les gros !

J'aime aussi particulièrement entremêler les récits ; mélanger histoire, mythologie et personnage singulier. Quand tout cela s'éclaire et se répond, c'est une grande joie.

Mon travail passe par une forme de recherche quasi scientifique ! Si autrefois les contes se transmettaient de bouche à oreille, il y a une forme d'écriture qui passera à la moulinette de l'oralité - car raconter n'est pas réciter - pour se réinventer à chaque fois. Quand je raconte je m'entends souvent dire des choses que je n'avais pas écrites ! Le public, par sa présence, participe à ce qui se déroule.

SwaN Blachère © Kévin Brignolas

A l’heure d’une vie de plus en plus rapide, comment vois-tu l’avenir de ton métier ? Est-ce que ton public évolue et si oui comment s’adapter ? 

Je ne suis pas inquiète pour mon métier car s'il est vrai que tout s'accélère, de plus en plus de gens prennent conscience que cette frénésie est le fait d'un système qui va bientôt s'effondrer. Il y a aussi un vrai mouvement de ralentissement.

Pendant le premier confinement, je me suis refusée à toute production filmée pour « maintenir ma promo ». A une exception près, diffusée en cadre restreint. Quelques ami.e.s du métier m'ont dit « C'est super, tu devrais développer le concept ! » Mais pour moi, c'était hors de question. Mon métier, c'est une affaire organique, de voix, de présence, de lieux. Confinement ou pas, ça n'a aucun sens de parler toute seule devant une caméra. Le déplacement vers le lieu de la rencontre est un acte important qui nous prédispose à nous déplacer intérieurement !

Tu as raison, le public évolue, les mentalités bougent, mais c'est pour un bien ! Le féminisme, les questions d'appropriation culturelle, la surexploitation des ressources naturelles, la représentation des minorités, nos relations avec le vivant. Alors, je n'imagine pas m'adapter en termes de technologie, mais bien davantage en partageant des récits qui peuvent faire sens dans un monde de technologie ! Le public ne veut plus de représentations patriarcales, moralistes, ou folkloriques. Ça tombe bien, moi non plus !

SwaN Blachère

Je ne suis pas inquiète pour mon métier. Il est de la responsabilité des artistes d'amener de nouveaux récits. Les histoires font du bien. Tant qu'il y aura des lieux où les entendre, on s'y retrouvera. Même s'il faut attendre.

 

Actuellement tu prépares une résidence dans nos murs, à partir de quoi est-ce que tu crées ? Pour aller où ?

Je vais m'installer à la maison Folie Moulins pour y créer une balade contée qui entremêlera l'histoire du lieu (La Brasserie des 3 Moulins), la mémoire du quartier, des témoignages, et bien-sûr, des contes traditionnels.

Je me documente, je m’imprègne du lieu… Il y a toujours un moment où une porte d'entrée se présente pour l'écriture ; souvent un tout petit détail. Ensuite ça doit partir d'ici et nous embarquer pour un voyage dans le temps où les lieux résonnent encore des voix de celles et ceux qui y sont passé.e.s. Le but n'est pas de livrer une conférence historique, mais de faire battre le cœur de la bâtisse, de l'habiller d'histoires, d'en faire une héroïne. Pour qu'on ne puisse plus passer devant elle sans éprouver cette sorte de familiarité qu'on ressent quand quelqu'un nous a raconté un secret.

 

Que peut-on te souhaiter pour la suite ? 

Ce que je souhaite à chacun.e ! Qu'on sorte de cette crise  vivant.e.s et enragé.e.s comme jamais !

 

Bien sûr, on reviendra vous donner des nouvelles de la résidence de SwaN Blachère chez nous. En attendant, rendez-vous sur son site internet et sa page Facebook pour suivre ses actualités !